Tribute à Nietzsche

Je lis un nouveau livre sur Nietzsche, l’idole des maîtres avancés désormais en son crépuscule. Il passe, comme a passé Voltaire et Sartre. Contrairement aux deux autres, je le regarde s’éloigner avec une certaine tristesse.

 

J’ai découvert tard le philosophe à grosse moustache, en licence d’histoire. J’étais alors en train de questionner mon athéisme pratique, peu consistant et si castrateur. Nietzsche m’apporta alors deux ouvertures fondamentales.

 

D’une part, j’adhère toujours à la rigueur de sa pars destruens, sa généalogie de l’idéologie sacerdotale, qu’il convient de relire régulièrement. Cette large critique, somme toute classique mais juteuse, permet ne pas être dupe des institutions cléricales. Or, à l’époque, par esprit de méthode, j’ai ouvert les évangiles, que je ne connaissais pas, et qu’il évoquait. C’est donc grâce à lui que je suis entré dans les Écritures, pour n’en être jamais sorti depuis. L’Esprit ruse.

 

Quant à la pars construens, le charabia poético-prophétique de la nouvelle morale, elle m’a toujours fait rire. Je ne comprends pas que l’on puisse la prendre au sérieux. Je l’ai lu comme une sorte de test qui a mal tourné, quand son propre auteur s’y est perdu, emportant avec lui plus d’un siècle d’enseignements universitaires.

 

Car Nietzsche, avec sa clairvoyance, digne héritier de Pascal, avait compris que l’on ne peut pas abattre des idoles aussi massives et nécessaires sans en redresser d’autres. Au pire, pour les pressés, fainéants et peu imaginatifs, en ripolinant les anciennes en plus joli, inattendu et divertissant. C’est ainsi qu’il a entrevu avec tristesse combien les chrétiens mondains seront désormais très nietzschéens dans leur déisme théologico-politique, et les nietzschéens très religieux dans leur athéisme. Ah, ce nihilisme à tous les étages, immense cousinade et douloureuse misère du temps !

 

Heureusement, demeure pour qui ose, le mince interstice : l’asile biblique, la joie poétique et l’ouverture miraculeuse du concile Vatican II.