Sauf-conduit

Je discute hier avec un couturier mexicain, exilé au bout d’une rue millénaire autrefois commerçante, désormais lépreuse et vidée de ses autres boutiques.

 

Regardant le triste spectacle, il me dit qu’il a appris à vivre désormais avec cette conscience de devoir un jour tout perdre. Peut-être estime-t-il que ma condition cacochyme, autre exil, permet d’entendre cette donnée de l’existence. Sans trop réfléchir, je réponds d’instinct :

On va tout perdre, sauf la perte.

Nous en restons à ce constat à l’amiable et retournons chacun à nos occupations vespérales.

 

Rentrant chez moi, je médite le fruit inattendu de l’échange. Tout perdre sauf la perte. Tout meurt sauf la mort. Tout disparaît sauf la disparition, désormais. Ce sauf ressemble tout de même à un salut inattendu devenu irrésistible. Là encore, nous voici dépassés au lieu même du naufrage.

 

Un sauf qui sauve, sauf-conduit qui nous enveloppe d’une étrange lumière et porte en lui un point si solide à la raison qu’il suffit à étreindre l’immarcescible espérance.