Nom de l’auteur/autrice :Thierry LECOMTE

Thierry Lecomte est né en 1969, Après des études en histoire médiévale, il rencontre l'évangile et est ordonné prêtre catholique en 2002 pour le diocèse de Langres (52). Curé à Chaumont, Langres et Joinville, il est auteur d'une thèse sur Claudel et Rimbaud. Atteint de sclérose en plaques primaire progressive depuis 2013, il vit désormais au rythme de cette maladie.

Le judaïsme du second Temple

Deux nouveaux livres de Mireille Hadas-Lebel complètent notre politique d’achat d’ouvrages concernant l’histoire du judaïsme du second Temple.

 

Le premier s’intéresse à Massada1Mireille HADAS–LEBEL, Massada, histoire et symbole, (coll. « présences du judaïsme »), Paris, Albin Michel, 1995., lieu final de la Première guerre judéo-romaine en 73. Il complète favorablement la lecture du chapitre VII de la Guerre des Juifs de Flavius Josèphe. En 150 pages denses, l’auteure analyse l’histoire, l’archéologie et la symbolique nationaliste de cette forteresse devenue mythologique. Certains points plus spirituels attirent l’attention : l’articulation entre la foi en la résurrection et celle en l’immortalité de l’âme au premier siècle;  le débat juif et stoïcien autour de la légitimité du suicide en cas de crise ; la nature ambigüe des schémas obsidionaux : appel à l’héroïsme par-delà tout espoir ou délire nihiliste ?

Le second s’intitule Une histoire du Messie2Mireille HADAS–LEBEL, Une histoire du Messie, Paris, Albin Michel, 2014.. L’analyse historique, précise et synthétique, de l’idée messianique ouvre de belles perspectives au lecteur du Nouveau Testament. Elle permet entre autres de distinguer sans les opposer de manière trop abrupte messianologie juive et christologie chrétienne. À ce titre, la lecture du chapitre X est indispensable pour mieux commenter la péricope de la confession de foi à Césarée, pivot des évangiles. Une heure de travail pour veiller à ne pas dire n’importe quoi en chaire.

Ces deux livres sont disponibles au salon de lecture de la Maison Tabga et consultables sur RV.

Flavius Joseph

La biographie de Flavius Josèphe par Mireille Hadas-Lebel1Mireille HADAS–LEBEL, Flavius Josèphe. Le Juif de Rome, Paris, Fayard, 1989. se lit lentement et se déguste comme du bon vin. Elle complète favorablement l’étude plus récente de la même auteure sur Les Pharisiens.

Le sous-titre explicite l’intérêt du livre. Juif de Rome, Flavius fait pont entre deux mondes, celui de la fin du deuxième Temple et le monde païen. Il traverse la guerre de Judée (66-70) d’abord comme jeune acteur, puis comme spectateur et enfin comme son historien. Il s’inspire alors des trois autres grands historiens grecs de l’Antiquité, tous auteurs de livres sur la guerre : Hérodote (Guerre médique), Thucydide (Guerre du Péloponnèse) et Polybe2Cf. POLYBE, Histoire, PARIS, Quarto-Gallimard, 2003, également disponible à la Maison Tabga. (conquête romaine). La méditation de ces auteurs profonds n’est pas sans profond intérêt en nos temps troublés, bellicistes et à visée impérialiste.

 

Témoin privilégié et quasi unique du judaïsme au tournant de notre ère, Flavius permet de mieux comprendre la naissance du Christianisme. Avec la biographie de Mme Hadas-Lebel dans une main, les Œuvres complètes de Flavius de l’autre3Flavius Josèphe, Œuvres complètes, (édition établie et présentée par Mireille HADAS–LEBEL), Paris, Bouquins éditions, 2022. , les évangiles acquièrent ainsi une profondeur nouvelle.

Ces deux livres sont disponibles au salon de lecture de la Maison Tabga et consultables sur RV.

 

Les dernières lettres du cardinal de La Luzerne

Les archives diocésaines de Langres conservent trois lettres autographes1Les envois bénéficient d’un affranchissement spécial du Bureau de postes de la chambre des députés des départements. du cardinal de la Luzerne adressées au nouvel évêque de Dijon, Jean-Baptiste Dubois. Rappelons que ce dernier était alors administrateur de la Haute-Marne. Datées de 1820 et 1821, elles sont rédigées d’une main tremblante, parfois avec une orthographe douteuse (cf. Digeon pour Dijon) et des répétitions. Ce point s’explique par le grand âge du rédacteur (82 ans).

 

 

La lettre du 14 novembre 1820 aborde une difficulté spéciale concernant les religieuses institutrices de Bourbonne, soumises à des classes séculières. Le cardinal en profite pour s’indigner de la politique du Ministre de l’Intérieur. Il évoque alors l’hivernage des « missionnaires », géré par l’abbé Petit, vicaire général, soutien du cardinal. Ensuite, dans sa lettre du 15 décembre 1820, il conjure l’évêque de Dijon de ne pas transférer en Côte-d’Or « […] missions, professeurs, ecclésiastiques, même séminaristes… ». Cela nuirait au bien du diocèse de Langres « […] qui m’est réservé et auquel j’espère être bientôt rendu… ». Enfin, la lettre du 8 janvier 1821 regrette l’emploi de missionnaires venant de Haute-Marne en Côte d’Or. Non sans malice, il distingue l’autorité administrative de l’Évêque de Dijon sur le département de la Haute-Marne et l’autorité épiscopale qu’il exerce sur le diocèse de Dijon.

 

Au centre des échanges, nous découvrons donc quatre missionnaires diocésains2Mr Sebille, Janny, Rigolot et Favrel (lettre de Barrillot à l’évêque, 22 janvier [1821]), bientôt renforcés par Toussaint et Desgrez (id., 29 mai 1821).. Appelés « prêtres auxiliaires », ils sont institués sur le modèle des Missionnaires de France. Bientôt installés à Saints-Geosmes, ils forment l’avant-garde de la reconquête catholique, étant chargé « […] de porter le nom de Dieu à tant de pauvres paroisses qui n’en entendent plus parler…»3Lettre de Barrillot à l’évêque de Dijon, 26/10 [1820].. Ils exercent leur apostolat de reconquête en opposition ouverte au clergé constitutionnel et libéral, qui leur voue en retour une farouche inimitié.

 

Le projet de restauration religieuse est à la fois partagé et entravé par des approches différentes. La Luzerne, homme d’Ancien Régime, soutient le curé de la Cathédrale, Mr Baudot, Vicaire général d’âge vénérable4En 1820, la paroisse de Langres ne plus compte qu’un curé et trois vicaires, dont deux septuagénaires. Le plus ingambe, le Père Hudelet, est aumônier de l’hôpital (Lettre de Baudot à l’évêque de Dijon, 06/11/1820)., au caractère susceptible et nostalgique, à la santé déclinante. Or, Baudot apparaît en décalage avec l’Évêque de Dijon et ses différents relais à Langres. Parmi eux, citons le Provicaire général, Mr Barrillot, jeune Supérieur du nouveau Séminaire alors en plein essor5200 élèves en 1821, 260 l’année suivante.. Le style patelin des lettres de ce dernier traduit un esprit habile, organisé et politique. Patient, il sait que la démographie résoudra bientôt ces dysfonctionnements.

 

Ainsi, en 1820, des lignes de fracture idéologiques et générationnelles obèrent un diocèse de Langres en voie de recréation. Cependant, dès 1821, la démission de Mr Petit, puis la mort successive de Baudot et La Luzerne en scellent une part. Petit décide alors de transférer à Paris les livres et papiers du cardinal défunt. Ce choix signifie la fin d’une époque et ouvre à une nouvelle figure ecclésiale. Celle-ci est unifiée par le Séminaire diocésain et sera portée par une génération cléricale en rapide renouvellement.

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