La pathologie a jusqu’à présent peu retenu ce caractère qu’a la maladie d’être vraiment pour le malade une autre allure de la vie. 1
Georges Canguilhem « Essai sur quelques problèmes concernant le normal et le pathologique » [1943], dans Le Normal et le Pathologique, Paris, PUF, 1966, p. 51, cité par Ruwen Ogien, Mes mille et une nuits : La maladie comme drame et comme comédie (French Edition), Albin Michel, Édition du Kindle, 881.
Cette phrase de Georges Canguilhem est parfois réfutée. Je la trouve pour ma part très exacte. Je la comprends comme l’affirmation selon laquelle la SEP n’est pas une transformation de nature mais de rapport. Elle ne déplace pas ailleurs, en un pays inconnu. Ce que Ogien nomme la « métaphore du royaume ». Elle n’est pas un pur envahissement et conquête par un tiers, type alien.
Non. La maladie serait d’abord une modification rythmique, ce que Canguilhem nomme « allure », comme l’allure d’un cheval. Ici, le terme renvoie à l’interface intérieure et subjective, à la pulsation fondamentale qui régule notre relation au monde. Mais le mot signifie aussi apparence, et renvoie alors à l’interface sociale et objective, celle de la réception. La maladie travaillerait alors à la croisée de l’intime et du politique, du secret et du spectacle. Elle désharmonise aux jointures, là où l’on découpe les poulets. On en ressort tout démantibulé et penaud, incapable de suivre la danse. Te voilà doucement éjecté de la ronde par désynchronisations successives.
Cette arythmie est désagréable pour tout le monde.