L’annonce du diagnostic de la SEP est souvent représenté avec pathos. Pour moi, rien. La neuro me dit en gros : « Vous êtes atteint de sclérose en plaques. » Je comprends que c’est grave. Je ne connais pas la maladie, si ce n’est par une lointaine cousine par alliance, morte jeune. Je pense donc : je suis mort. Pas d’angoisse, pas de peur, pas vraiment de questions. Voilà c’est fait. Nous y sommes. Cela m’est égal au fond. Je pense à une phrase d’Une Saison en enfer de Rimbaud (j’étais en plein dans la rédaction finale de ma thèse à l’époque) :
Moi, je suis intact, et ça m’est égal.
Intact, sans tact, pas touché, pas taché, pas affecté, pas atteint. Pour une part, je le suis encore, intact.
Je sors du CHU. Il fait beau. Je traverse le campus, où j’ai étudié autrefois. Je croise plein d’étudiants et de jolies étudiantes. Je me revois il y a vingt ans. Je sens alors que quelque chose vient de changer. Je suis vivant et déjà en train de mourir, anthume et posthume. Je l’étais avant. Je le sais aujourd’hui. Et il va me falloir vouloir que ce que je sais soit vrai.
Pour longtemps.