Janvier, période des vœux. L’épreuve pour le malade de SEP. Facile de se souhaiter le meilleur quand tout va bien, bises plaquées entre happy few bon pied bon œil. Cela revient à se dire :
Bordel, quelle chance d’être là ! Heureux les riches. Pourvu que cela dure !
Mais quoi souhaiter à un malade chronique, incurable et visiblement bien décati ? Il y a de la friture dans l’océan des bonnes manières, quelques nuances de gris sur l’azur de la bienséance. Du coup, on bricole.
Plusieurs stratégies observées, au moins trois. La première, l’esquive. Problème réglé. La deuxième, la pire sans doute, est l’insistance un peu lourde, du genre « Bonne année et bonne santé. Oui, je te le dis » ou encore « j’ose te le souhaiter, parce que… ». Il ose, quelle audace ! On applaudit pour sûr. Sauf que les raisons qui accompagnent ce risque délirant sont le plus souvent peu claires, voire franchement moralisantes ou insanes. La troisième est la litote sous de multiples occurrences. Je cite la forme courante : « […] et la santé, du moins la meilleure possible dans ton cas ». Les plus ambitieux rajoutent « bon courage. » Quel rapport ? je n’ai pas peur. « Portes toi bien », c’est mieux non ? Plus simple. Trop ? Que répondre en restant poli ? J’acquiesce bêtement. Je dis « Merci, à toi aussi. » Pas vraiment de colère ou de mépris. Plutôt de l’ennui, un peu de honte aussi.
Un mois de galère. Déjà que les jours ne sont pas longs…
Quelle discours négatif. On m’a souhaité une meilleure année que celle qui vient de s’écouler et je dit « merci » et « profite » Le danger, c’est de prêter aux autres des pensées qu’ils n’ont pas. Ou alors, des pensées que l’on aurait eu si la situation était inversée.