La SEP bouleverse le rapport avec le futur.
Cette bifurcation éjecte le malade loin du commun, tant l’Incurable remet en cause l’optimisme de rigueur, tant le Dégénératif récuse la foi obligatoire en l’avenir. S’il n’y a rien à attendre de l’existence que du pire, le progrès en ressort étrillé. Avec lui, s’évaporent les projets de développement personnel et tout Voltaire ! Est-ce hasard si l’un des contraires exacts de développement soit sclérose ?
Ainsi, le sépien se retrouve parachuté dans la catégorie des antimodernes au mieux, des réactionnaires au pire. Le monstre dévoile une faille dans nos élans missionnaires. Il incarne une insoutenable antithèse à l’allure tranquille des choses. Que deviendront les amours après ce sarcasme ? Il ne manquerait plus qu’il remette en cause les désirs d’immortalité ou la vocation moderne à la domination cosmique !
Dès lors, que faire de l’encombrant ? Depuis que furent démonétisées les solutions radicales (patiences postmortem, imaginaires révolutionnaires, nihilismes adolescents, drogues), ne restent que de vieilles recettes. Au choix : prier les mannes de la Science universelle afin qu’elle découvre la formule magique (le traitement miracle) ; accuser le destin (la génétique); identifier un diablotin contre-révolutionnaire (la pollution, le stress…), etc.
Terrible constat, il semble impossible d’échapper au formalisme de l’Happy end hollywoodien, du Deus ex machina. Comme si le délire moderne, s’il veut accepter la présence de l’inacceptable (la maladie incurable de l’innocent), ne pouvait survivre qu’à mesure de son échec. Cette exigence n’est pas une contrariété de la liberté, mais la marque souveraine d’un sceau indélébile, instruit quelque part au fond de notre cerveau.
C’est trop intello pour moi. Des gens se demandent « pourquoi moi ? ». Je me dis « Pourquoi pas moi ? »