À l’épreuve des mots

« Épreuve » est un mot qui ne veut pas laisser le dernier mot au malheur. Il laisse encore passer la lumière. Il porte en lui un appel au combat et l’espérance d’une issue possible. À la fulgurance du destin s’oppose la patience de l’épreuve qui, comme la tempête, est faite pour être traversée.1Robert SCHOLTUS, « Avant propos », dans Cinq éloges de l’épreuve, PARIS, Albin Michel, 2014, p. 8-9.

C’est beau, au premier regard. Cela claque et brille. À la relecture, cela m’apparaît bien douteux. Comme s’il était impossible de ne pas tenir l’épreuve et le malheur sans sombrer. La traversée est parfois sans issue, mais il faut la parcourir. Comment faire autrement ? Si la pente est connue et inévitable, vivre c’est glisser, quoi qu’on veuille.

 

Vivre comme on peut ne consiste donc plus à se battre avec héroïsme, au prix de « ressources insoupçonnées »2id., p. 9.. Nos ressources sont au contraire très « soupçonnées », simples, banales, ordinaires, nulles en fait. Pourquoi croire traverser l’épreuve quand elle me traverse de part en part ? C’est elle ma lumière, noire, froide, implacable, terrible. Pourquoi se battre contre la maladie ? Je suis non-violent en toutes choses. Par défaut, j’essaie de danser avec Madame SEP. La chorégraphie sera chaotique, mais comment l’éviter ? Le spectacle sera ridicule et j’y apparais comme un pantin désarticulé, mais ai-je le choix ? Et que dire sur la fin du texte :

[Jésus] a vécu [notre commune humanité] comme un don de Dieu, ne voulant se recevoir que de lui, sans rien posséder, pas même soi-même.3id., p. 11.

Comment s’oublier quand tu dégustes, quand le malheur se rappelle à toi toutes les heures, parfois toutes les minutes, ne te laissant jamais la possibilité de ne « rien posséder » puisque la maladie te possède, puisque tu es à elle ?

 

La SEP est aussi une épreuve cruelle, car elle me rend insupportable la plupart des auteurs spirituels.

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