SEP en transe

Entre mille choses, la SEP est une transe chamanique. Elle travaille comme une drogue hallucinogène à base de champignon ou d’alcool fort. Elle ouvre à d’autres espaces d’existence. Elle brouille les sens, atomise la conscience, accélère son tempo, la ralentit sur d’autres plans. Désynchronisés, écartelés, nous voici éclairés par des perceptions inédites, des relations merveilleuses. J’y vois de nouvelles exigences et un devoir âpre à chercher. J’y recevrai ce que je ne mérite pas.

 

Quand tu franchis le rideau des évidences, soudain libéré des entraves de la grande santé, le monde d’à côté semble si évident ! Pourquoi ne pouvons-nous pas en rendre compte ? Pourquoi ne nous écoutent-ils pas ? Pourquoi nous fuient-ils ? Sans doute notre absence les angoisse-t-elle à l’excès depuis que notre vie s’est déversée ailleurs.

 

Je est un autre, autrement autre, altéré à l’infini par le grand rituel. Cette transformation est la vie même, mouvement qui emporte toute chose : la vie pure. Mais alors, où ai-je pu vivre avant, si insensible, fixe et indolent, aussi inexistant ? Étais-je, limbique, engoncé dans les mensonges du confort, pourrissant dans les moiteurs d’un enfer morphique, ou diaphane dans les illusions somnanbuliques d’un souterrain despotique ? Où étais-je avant l’éveil et mon grand déménagement ?

 

Peu importe désormais. Mes yeux se sont ouverts et difractés. Ils voient à travers le gouffre impénétrable. Ils connaissent le prix des larmes.

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