Les mots vides ne sont pas inutiles. Ils servent parfois à trouver le repos, à apaiser la colère, à se croire encore vivant.
La maladie est traversée de conversations, de discours ou d’échanges de ce type. Ainsi en est-il de la plupart de ces posts qui disent moins qu’ils ne soulagent. Tout bien considéré, leur contenu est le plus souvent insignifiant, mais il porte ce qu’il reste d’une volonté. Les mots occupent le terrain. Ils résistent comme ils peuvent contre l’envahissement du désespoir. Ils chantent au milieu du silence, maintiennent au chaud par les nuits froides, tiennent compagnie dans la solitude et font illusion quand ricane le réel.
Ce théâtre de pacotille peut sembler pitoyable. Il l’est en partie. Le plus héroïque serait d’affronter les choses dans le silence. Toutefois, en attendant « les influx de vigueur et de tendresse réelle »1Arthur Rimbaud, Une saison en enfer, Adieu 2; ICI., le vide du sens immédiat institue un espace minimal pour survivre. Cet abri provisoire dans la tempête, petite arche, vaut comme passage à pied sec à travers les eaux de la mort. Demain, nous le savons, il faudra sortir et affronter les éléments.
Demain n’est pas notre ami. Hier est pourri de nostalgie. Aujourd’hui ? On psalmodie les mots analgésiques en serrant les dents.