Ce que la SEP modèle, ce sont des humains, majoritairement des jeunes femmes, queers, entendez « étranges », « bizarres », car jeunes et déjà vieux, jeunes et malades, différents, étonnamment sages. Sages puisque travaillés par la décadence et orientés à leur corps défendant vers la mort qui vient. Cette inversion précoce de la perspective de l’existence produit des êtres troubles, des monstres inclassables, en retrait et en avance, traversés d’âges superposés et ouverts aux paradoxes. Des individus « trans » en somme, en transition non de genre mais de temporalité, sorte de pythies invincibles, prophètes d’eux-mêmes. Cette nature nomade et extralucide explique notre relégation. Notre relégation explique leurs entreprises maladroites d’inclusion, car il s’agit de sauver le socle illusoire qui justifie leurs actes et maintient le groupe.
Sans la notion fabuleuse et bourgeoise de progrès, l’avenir n’est plus aussi désirable. Le vernis de la vie insouciante, cumulative et active, support de l’impératif reproductif et du conditionnement social, se craquelle par plaques entières. Apparaît alors la surface rugueuse des choses comme l’énigme insoluble de notre traversée de la vie. Cette vision des vanités suppose humilité, résignation, soumission, patience. Consentement à la défaite. Nécessité du renoncement. Ces vertus ne sont plus monnaies courantes.
Il y a un temps pour tout, dit le Qohélet1Qo 3; ICI.. Mais quand les époques et les séquences se brouillent à ce point, la sagesse biblique elle-même semble balbutier. Ne restent alors que le constat brut d’une solitude à empoigner et le courage inattendu, puisque désespéré, d’appeler à l’aide.