J’écoute. Ils nous engagent à nous surpasser, à nous dépasser. Moi, je ne me dépasse plus. Je n’entends pas me surpasser. Je n’ai plus la force de passer quoi que cela soit. Au repos, je reste en deçà, dépassé en toutes choses par la maladie qui me soumet et me sauve, avec grand souci et belle attention.
Ainsi dépris des ambitions à devenir énorme et à vivre au loin de soi, c’est-à-dire à se perdre, s’aliéner ou se rendre difforme, me voici réduit à moi-même. Cantonné à l’exacte dimension et emprisonné dans ce réel sans échappatoire, je découvre ma nouvelle existence qui est l’unique véritable. Contraint dans cette vie simple et lente, serais-je digne de cette vérité à moi offerte ? Convaincu d’apostasie par mes retraits forcés, vais-je être ostracisé par les adeptes du grand déplacement ? Pourrais-je à nouveau engager la conversation avec les fanatiques du corps glorieux ?
Ils me fuient sous mille prétextes. Certains m’estiment coupable de désertion, quand d’autres argumentent. Ils disent : « L’homme passe infiniment l’homme »1Blaise PASCAL, Pensées, Contrariétés n° 14 : voir ICI.. Blotti au fond de l’impasse, je réponds, disant : « Certes, mais jamais par ses propres forces, au risque du trépas. » Ce passage est une altération, une écoute, une grâce, ensemble humiliation et exaltation.
Je ressens chaque seconde l’humiliation, j’attends avec humilité l’exaltation.