Je sors du cabinet de la kiné. Une dame devant moi retient la porte de l’escalier, un escalier en colimaçon assez étroit. Elle me félicite : « C’est un excellent exercice de rééducation. » Je bafouille une blague un peu ratée, la remercie et descends comme je peux.
Sur le chemin du retour, je médite. « Rééducation », le mot est exact. Être rééduqué, comme autrefois dans les camps maoïstes, consiste à revenir dans le droit chemin, à cesser la dissidence. De fait, les malades sortent des systèmes reçus. Ils quittent cette vie confortable où l’on glisse avec indolence. Ils expérimentent et proposent malgré eux un autre mode d’existence. Cette alternative est dangereuse. Elle attise le trouble, réveille les possibilités assoupies, crée de nouvelles solidarités.
Le plus souvent, les malades deviennent tout-petits. Ils suivent d’étranges lapins tout-blancs et très pressés, puis tombent dans des terriers mystérieux. Ils y découvrent un monde cruel et joyeux, écologique, décroissant, ridicule, merveilleux. Ils reviennent de ce voyage avec des images crues et inconnues. Ils ressortent avec des pensées alternatives dans leurs poches. Lenteur, paresse, humilité, écoute, combien de mauvaises habitudes à oublier !
C’est sûr, une sérieuse rééducation s’impose.
Pour qui, cette rééducation, en vrai ?
Puisqu’il s’agit, à la faveur de la maladie (étrange faveur que celle-ci), de « créer de nouvelles solidarités » à l’heure où tout brûle, les forêts comme les banlieues, autant rester non-rééduquée, mal élevée de santé, politiquement incorrecte, mais si possible, humainement et écologiquement en éveil. Quelle bonne mauvaise habitude que l’écoute des « pensées alternatives » qui remuent le coeur trop longtemps assoupi, raccorni, durci.