Quand SEP te saisit au col, elle oblige à cracher ta vie comme un texte écrit en une langue étrangère. Tout est là, mais autrement. Il faut donc retourner à l’école et apprendre cet idiome inconnu.
Cependant, plus qu’une simple traduction, il s’agit aussi d’une translitération. L’alphabet lui-même est différent, incompréhensible et fascinant. Il m’a fallu beaucoup de temps pour comprendre que cette suite de formes informes avait un signifié très familier : moi. En la déchiffrant péniblement, lettre à lettre et mot à mot, j’y ai découvert des sens inconnus, comme cachés et soudain révélés. Le transfert vers un monde altéré enrichit à l’infini.
Autres temps, autre syntaxe, autre prosodie, autre grammaire. Avec ce glissement sémantique, la sclérose fait éclater la gangue habituée des répétitions sécuritaires. Me voici polyglotte, par devoir. En exil, je pense sépien, je rêve sépien, et je mourrai sépien. Sur ma tombe, on écrira un épigramme aux caractères abscons. Les visiteurs des contre-allées se diront :
Qui était-ce ? Je le croyais pourtant de chez nous. N’est-il pas le fils d’Anne et de Bernard ?
Je l’étais bien. Mais qui puis-je d’avoir été ainsi rapté, de devoir baragouiner la langue de mon vainqueur et d’oublier à mesure le dialecte de ma jeunesse ?