Principe de contradiction

J’aime la SEP comme principe de contradiction. En effet, il interdit les arrêts illusoires, les synthèses hâtives et les hiérarchies imposées.

 

Comme tout se délite et se dénoyaute, il faut habiter avec et contre soi, lire sa vie de multiples manières et penser souvent contre son cerveau. Certes, l’autorité qui unifie cette dispersion, disons l’identité révisée, demeure nécessaire tant il faut bien tenir ensemble les éléments inconciliables. Cependant, elle se présente sans dissimulation comme absolument arbitraire et futile, si elle ne s’ouvre pas à un ailleurs facétieux qui l’unifie à l’asymptote.

 

Ce don précieux désengage des crispations. Il relativise mort et naissance, talmudise à l’infini nos récits de vie. Ainsi soulagé du poids oppressant à « être soi », à « réussir sa vie », à « profiter avec intensité du don de l’existence avant de plonger dans le néant », voilà le malade léger comme un moineau. Libre surtout des injonctions du libéralisme stoïcien, du techno-roi Elon Musk et de l’idéologie bourgeoise de la satisfaction consumériste.

 

Trop ? Peut-être. C’est pourquoi il convient de rester prudent et de donner le change avec finesse. L’écornifleur sépien jouera a minima la comédie sociale, politique, médicale. Il applaudira aux exploits de congénères hyperactifs, transalpins ou transmarins. Il défendra l’inclusion active. Avec sa cohorte, il manifestera pour ses droits. Il rêvera à des protocoles médicamenteux innovants et « prometteurs ». Il sera comme ils l’attendent, lourd, raisonné, localisé, unifié, efficace, connecté.

 

Toutefois, cet artefact ne sera qu’une ombre, l’alias des devantures. Le reste, diffus, polyphonique – eux diraient instable, désordonné et délirant -, s’est retiré depuis longtemps, étranger migrant en des lieux mystérieux.

 

1 réflexion sur “Principe de contradiction”

  1. Salade de vie.

    Donner le change relève de la gageure. Surtout s’il s’agit de le faire avec finesse. Encore faut-il en être capable – en avoir le talent, et réellement la force, voire l’envie.

    En effet, comment faire croire à la cohérence d’une vie désormais arythmique, qui se dessine de façon bancale et morcelée, en une mosaïque d’azulejos irréguliers, voire déjointés et écaillés ? Ce n’est pas tant une mosaïque, d’ailleurs, qu’une « macédoine » selon l’art du vitrail : l’ouvrage, bizarrement composite, ne peut donner lieu ni à une lecture radiale (à partir d’un centre qui assure la cohérence signifiante de la multiplicité), ni à une lecture ascendante (le regard s’élève en un mouvement de révélation anagogique). C’est une « salade de miettes de vie » éparses, réunies sans projet préalablement établi, un assemblage surréaliste de fragments hétéroclites où se côtoient motifs et inscriptions tronqués ; le montage peut séduire par sa fantaisie, une certaine désinvolture ou une certaine élégance, mais n’autorise aucune lecture sensée – même, il serait absurde d’en tenter la lecture.

    Il est cependant un principe unifiant, seul garant de l’identité révisée : la lumière qui traverse l’épaisseur des tessons de verre, des aplats de grisaille jusqu’à la transparence. Au-delà de l’impossible sens, un sens inédit – donc indéfinissable – devient possible, écrit dans la discrétion et le silence.

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