La maladie désocialise, nous le savons, et pour de multiples raisons.
En particulier celle-ci. Le sépien consolidé, contraint et sûr de son fait, apprend la patience, mère de toutes les vertus comme disait Lucie, ma chère grand-mère. Dès lors, le temps redevient un allié, non pas un ennemi à contraindre. Éjecté sans le désirer loin de l’accélération compulsive, déniaisé de ses illusions, le présent n’est plus cette urgence dévoratrice qui nous torture, tord et convulse.
Désormais, advienne ce qui viendra. Épuisé par la SEP, j’ai déjà mon compte. Inutile de m’agiter plus avant, déçu par ce qui aurait pu/dû être vécu. En réduisant ma trajectoire à une ligne droite en sens unique, étroite et répétitive, me voici bien tranquille ! D’autant que ce réel obligatoire abolit dans la foulée les rêveries de grandes lessives apocalyptiques, les prétentions au jugement péremptoire et les déversements logorrhéiques, qu’ils soient verbaux ou numériques.
Dans cette veine, comme je lisais le dernier livre du cardinal Robert Sarah1Robert SARAH, Dieu existe-t-il ? L’appel d’un homme qui cherche le salut, Paris, Fayard, 2025. L’impression de lecture fut pénible et étrange. L’ouvrage, théologiquement faible, m’apparut comme un manifeste collectif, voire le prospectus marketing d’un projet politique., me revint cette remarque de Gabriel Marcel, au sujet de Simone Weil.
Rien ne ressemble moins à un témoin de l’absolu qu’un doctrinaire.
De fait. La maladie a choisi pour moi, ayant brisé mes derniers élans doctrinaux. Contrairement à son éminence à la doctrine sûre, du moins le prétend-il, elle m’assigne au compromis et au médiocre. Dans le vieux débat entre politique et mystique, ma seule ambition sera donc un absolu étrange et relatif, serti dans une trivialité anodine, nue, grise et bancale.
Un absolu qui prend jusqu’au bout le risque de l’évangile.