Confusion des âges

D’abord il y a les lessives inlassables, le ménage impérieux et les repas répétitifs. Ce schème résonne avec l’usure irréfragable des choses, des sentiments et des êtres. Tous réfutent le projet moderne et bourgeois du confort immobile, acheté au prix illusoire d’une agitation permanente. Tous témoignent d’un télos en forme de désintégration, marque inscrite dans la moelle de chaque élément participant à ce niveau très particulier du monde et de ses mystères.

 

La SEP actualise ce télos et l’élève comme une statue du commandeur, dressée au centre d’une existence concrète. Le remuement convectif des profondeurs modifie le référentiel temporel. Il déplace le malade en mode relativiste. Désormais anachronique, discret et instable, le sépien rayonne d’une autre lumière.

 

L’accompagnement de personnes très âgées fait parfois ressentir cet étrange rayonnement. Cependant, s’il se mêle d’insécurité, d’impatience et de réactions immatures, le vieillard apparaitra plutôt comme la chimère biface du vieux sage des montagnes et d’un adolescent fiévreux. Au contraire le malade chronique semble son âge, mais parle, vit, se tait tel le vieux sage des montagnes. Ce point est particulièrement troublant chez les enfants ou les très jeunes femmes atteintes de la SEP. Trop vieux et trop jeunes, comment les saisir dans ce Babel des horloges ?

 

La confusion des âges effraie tant elle rompt l’arrangement attendu, désoriente le commerce, perturbe les jeux sociaux et désigne avec insistance la précarité de nos situations. Cette monstruosité s’ajoute aux tares physiques et désynchronise les relations. Elle participe donc à la discrimination. Loin de susciter curiosité et écoute, le plus souvent, elle invite à la réclusion et au confinement.

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