Certains collègues galèrent en pastorale. J’aimerais les aider autrement que par la prière. Autrefois, époque productiviste des grandes reconquêtes et des certitudes, on appelait à l’aide des athlètes de Dieu. Aujourd’hui, peut-être, temps décroissant du doute et du soin, va-t-on convoquer les souffreteux de Dieu ?
Alors voici mon expertise thérapeutique ! En état de sclérose pastorale, inutile et défaillant, perdu dans mon clos, je relis le jugement eschatologique en Mt 25. Texte simple, clinique, radical, mais aussi charte pastorale et instance de contrôle. Fichtre, quelle soudaine promotion pour le sépien placé avec le nu, l’assoiffé, l’affamé, le prisonnier et le migrant comme pivot involontaire du salut et de l’apostolat !
La clé secrète de ce récit provoquant est connue. Elle se cache dans la disparition du syntagme « mes frères » entre les versets 40 et 45, remplacé par le surgissement d’un « service » faux car abstrait (voir ICI). Or, pas de pastorale chrétienne sans le Christ1Chez Mt, à Césarée, Pierre reçoit son autorité ecclésiale en terre païenne par et dans sa confession de foi christologique (Cf. Mt 16, 13-19). S’il en sort, par exemple en remettant sa confiance en un messie mondain ou magique, elle demeurera (cf. crise donatiste), mais pervertie et malsaine. et pas de Christ sans ses frères. Ici entendez les tout-petits, les minables, les plus grand chose et dépendants élémentaires. Enfin, pas de fraternité sans acte très concret.
Depuis SEP et sa puissance herméneutique, je me rends compte de tout ce que j’ai foiré durant ma période active. Bien que perdu en activités futiles, délirantes et inutiles, au moins étais-je cornaqué par de vieux curés conciliaires. Ils nous rappelaient urbi et orbi les exigences de l’évangile. Aujourd’hui, ces maîtres exigeants sont morts et oubliés.
Leur chemin d’enracinement était si simple, si évident, qu’il en devient aujourd’hui quasi incroyable. Y croyons-nous ? Y croyons-nous vraiment ? Est-ce par ce doute légitime que Jésus, dans l’évangile de Marc, trouve les apôtres et disciples si lents à croire ? Lui, déchiré et trahi, abandonné aux instants solennels, offrira sa vie avec au cœur ce sentiment empoisonné de l’échec et de la défaite.
Par-delà nos médiocrités insignes, ce don divin à fond perdu évangélise aux tripes le ministère sacerdotal. Il lui demande l’impossible : ne pas jouer au prêtre et au propriétaire, au risque d’une pastorale de bouche en pente diabolique.