Le réel et la réalité

La Sep opère en moi une réduction drastique entre le niveau où je suis et le niveau où je croyais évoluer, pensais devoir être ou estimais mériter de subsister. Par delà Lacan, j’appelle le premier le réel et le second la réalité. Entre les deux, il y a un magma bouillonnant en fermentation permanente d’ambitions, de fantasmes et d’illusions.

 

Un écart en extension produit beaucoup de jouissance et de fausses exaltations, matrices de conflits infinis et porteurs de sa mécanique du malheur. Sa réduction contraire fait mal en apparence, du bien en profondeur.

 

Mais comme notre monde a choisi de prendre la forme de l’extension maximale de la réalité, il s’écarte de moi et s’enfuit, jusqu’à disparaître parfois. De vrais phénoménologues décriraient cela avec la précision requise.

 

Les malades et mal foutus ne brillent plus dans cet espace moderne de l’extase. Ils sont trop débiles désormais pour y demeurer. Ils s’effacent donc, malgré eux, glissant et emportés vers le néant et les ténèbres, rabougris sur leur vie nue. Bientôt réduits à ce point d’incongruité, ils ne subsisteront seulement qu’à l’état douteux de traces, de mirages ou d’énigmes. Il faut jeter quelques poudres magiques pour qu’apparaissent encore leurs contours flous et changeants, sitôt envisagés et bientôt disparus.

 

Aussi, comment en vouloir à leurs maladresses, puisque, proprement, ils n’existent plus.

 

Cependant, chacunes de ses emprises vides crèvent le voile de l’apparence et comme l’amour ne besogne qu’avec le réel, elles s’ouvrent vers le salut et une joie impromptue.

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