Une vie sans voiture appelle avec elle une sorte de mendicité géographique. Pour chaque déplacement, rendez-vous ou achat, la question se pose. Comment se rendre de la grotte érémitique du sépien bien atteint, trou noir à la singularité farouche, au point B, espace du désir et des devoirs ?
Me voici ainsi rendu à la terre la plus lourde et, par accident, à mes appétences de jeunesse vers l’existence franciscaine. François avait choisi ce style et cette règle de vie, moi pas. Y parvenir est un miracle quotidien qui m’apprend à l’usage une essentielle dépendance comme la reconnaissance pour les services rendus. Cette dernière invite en retour, non par morale mais par logique, à une mise à disposition de soi. Me voici ainsi appelé par nécessité à une conversion du cœur, non plus par le spectacle du moi et la spiritualité débonnaire du bourgeois zélé, mais par l’expérience imposée et la joie paradoxale du pauvre.
Pauvreté au carré.
Ainsi emporté, le boiteux cacochyme que je suis devenu aurait presqu’envie de relire pour la troisième fois Sur la route de Kerouac, afin de constater ou pas si cette situation, pour dire comme le cuistre, ressuscite l’impression merveilleuse des précédentes lectures. À savoir, au son du be bop et à la douce évanescence électrique de la ville aperçue le soir, au loin, l’impression fugace et éternelle, mensongère sans doute, d’une liberté vive qui emporte et libère.
A ceci : « (la reconnaissance pour les services rendus) invite en retour, non par morale mais par logique, à une mise à disposition de soi »,
je suggère cela : la logique mentionnée est celle, gratuite, d’un dialogue en peu de mots, où le geste qui donne et le geste qui reçoit font signe d’ une confiance et d’une réciprocité salutaire pour chacun ?
Thierry,
Ami certainement ! La maladie est la rupture du présent qui s’inscrit au passé. Vivre au jour le jour est une inconnue !
Bien à toi
Alain