L’anarchisme chrétien de Simone Weil
Bel article de Nathalie Sarthou-Lajus sur l’anarchisme chrétien de Simone Weil1Nathalie SARTHOU-LAJUS, « L’anarchisme chrétien de Simone Weil », dans Études n° 4331, novembre 2025; Voir ICI. L’analyse weilienne de la force, de sa démesure irrésistible (hubris), avec sa toxicité morale et politique, s’appuie sur une lecture de l’Iliade2Simone WEIL, L’Iliade ou le poème de la force (1940-1941), dans Œuvres, PARIS, Gallimard, « Quarto », 1999. et de la Bible. Elle renforce mon vieux tropisme libertaire, en quelque sorte naturel. Elle oblige en toute rigueur à une conversion pratique à laquelle la maladie, douce coïncidence, m’encourage.
Et, au détour de la lecture, cette citation en forme d’aphorisme :
L’extrême grandeur du christianisme vient de ce qu’il ne cherche pas un remède surnaturel contre la souffrance, mais un usage surnaturel de la souffrance.3Simone WEIL, La pesanteur et la grâce, PARIS, Plon, [1947] 1988, p. 94 ; voir ICI.
Ah ! Coup de poing au plexus solaire. Je reste hagard, abruti. L’essentiel ramassé en une phrase.
Cet usage surnaturel de la souffrance isole et distingue le christianisme, y compris d’une grande partie de l’Église visible, voire, pour certains, de la possibilité même d’être chrétien. Ainsi, il n’y a plus les religions vs le monde laïc, les religions du livre vs les autres, la foi véritable vs les dérives hérétiques. Il y a l’usage surnaturel de la souffrance par un dieu étrange et le reste, fondé sur la force.
Là, il faut choisir. Ce choix insupportable et blasphématoire rend son agent blasphématoire pour les esprits pieux, insupportable pour les esprits lumineux. Tout autant pour nous aussi, chaque matin où le courage de l’impossible fait défaut.
On en appelle alors au retour de la force brute, de l’aliénation soudaine et d’une soumission acceptée. On habille parfois cela en attente à une révolution des temps derniers, quitte à accepter quelques dommages collatéraux. Que vaut la justice ordinaire devant l’exaltation des grands soirs, politiques ou liturgiques ?
Mais le miracle a déjà libéré l’espace. Il rejoint mon étrange malheur. Dès lors, il me sera loisible d’envisager la Sep telle qu’elle est, de grimper sur ses épaules pour voir au-delà, et donc de m’en libérer à mesure.
Belle vision mais curieux attelage !