Loin des ambitions

Depuis la maladie, fin des illusions et du reste de mes ambitions.

 

Dans la grotte, je regarde danser au dehors les ombres de la gloire. J’écoute, j’observe, je lis. Je suis l’odyssée de quelques ecclésiastiques ambitieux que je croisai autrefois.

 

Je constate leur étrange apothéose, spectacle chaotique de manœuvres et de déroutes. Depuis peu, je ne regrette plus ma naïveté et les retenues. Aucune vérité ne justifie l’injure et la malveillance.

 

Sans haine, je prie pour eux. Mieux, je les défends devant leurs accusateurs. Assurément, se dévoile mon côté Robin des Bois, ou jésuitique, ou plus certainement une délicieuse vengeance. C’est donc qu’il me reste bien du ressentiment à purger…

 

Officiellement, j’aimerais les préparer au jour commun du jugement, tous nus dans la lumière de l’évangile. Quelle orgueilleuse folie ! Pourtant le Christ ne cesse de nous avertir, nous les clercs : risque élevé de pleurs et grincements de dents. Heureusement, ils sont tellement au-delà de cette parole, emportés par le vent tourbillonnant des devoirs et des certitudes. Moi la Sep m’y rabat et enferme.

 

Je ne puis plus fuir. Ah s’ils savaient !

 

Je pourrais leur indiquer en partie. Je les connais déjà, ces pleurs et grincements de dents, la purification par le bas, la certitude dans l’espérance d’y conjoindre le Christ aux douleurs, dieu inattendu, sûr et inespéré. Bonne nouvelle : le même feu qui fait souffrir en enfer, purifie au purgatoire et illumine au paradis.

 

J’aimerais leur dire dans leur langue :

Ayons le courage de la faiblesse évangélique !

Mais la vraie faiblesse n’a plus la force de crier sa joie secrète. Cette joie qu’ils ne connaissent pas, quelle pitié ! Dès lors, je retombe dans la nuit et le silence, vaincu et désolé de les voir ainsi frôler l’abîme triste et sans fond.