éclats de colère (Jn 2, 13-22)

En cette période de fête, « comme la Pâque juive est proche », Jésus se rend à Jérusalem, au Temple, lieu de la présence de Dieu (texte ICI). Peu auparavant, il a pris part à une autre fête, celles de noces, à Cana1Cf. Jn 2, 1-11.. À première vue, les deux épisodes contrastent nettement : à Cana, Jésus remplit de « bon vin » les coupes vides, alors qu’au Temple, il fait le vide parmi les occupants. Dans un cas, il contribue à la réussite de la fête et à la joie des réjouissances, alors que dans l’autre, il joue plutôt les rabat-joie et semble casser la fête qui s’annonce. D’un côté, une action sobre, de l’autre, des éclats. Or, le contraste n’est qu’apparent.

 

À Cana, Jésus procède discrètement, en deux phrases toute simples, prononcées en toute discrétion2Cf. Jn 2, 7-8.. Au Temple, il procède de façon assez spectaculaire. Y trouvant « les marchands […] et les changeurs » venus pour la vente de animaux destinés aux sacrifices et le change de la monnaie romaine, impure, en argent autorisé dans le Temple, il « fait un fouet avec des cordes, et les chasse tous ». De fait, « installés » au Temple comme à demeure, ceux-ci ont  pris possession des lieux. Ils font de la « maison de sainteté », selon le nom hébreu désignant le Temple, un territoire de profit financier et de conquête mercantile, « une maison de trafic ». Devenu lieu de troc et de négoce, il semble désormais  possible d’y marchander la Parole de Dieu, de négocier avec le Seigneur, ou de le soumettre à notre volonté plutôt que faire la sienne. Le Temple s’est vidé de son sens, comme s’étaient vidées les coupes à Cana avant que le Christ ne les remplisse de vin nouveau tiré de l’eau des jarres . Le contraste entre les deux épisodes, Temple et Cana, se réduit sur ce point de la purification rituelle.

 

La colère de Dieu ne dure qu’un instant : le geste punisseur du Tout-Puissant, très codifié, n’est pas suivi de propos qui engagent un châtiment. Jésus exige néanmoins de redonner sens au culte. De fait, les coûteux sacrifices et les prière ampoulées, plus discriminants les uns que les autres, ne permettent pas une rencontre véritable avec le Père3Cf. Lc 18, 10-14.. Si le Christ chasse les marchands de bœufs et de brebis, il ne chasse pas les marchands de colombes. Ces offrandes de pauvre, en raison de leur modestie même, traduisent l’absolue confiance des coeurs humbles. Elles honorent Dieu, comme le firent les parents de Jésus pour la purification de Marie. Elles font sans doute également signe de la présence divine4Le nom « colombe » (gr.  peristera) apparaît à dix reprises dans la Bible. Les évangiles l’associent tous à la même symbolique : l’humilité d’une part, la manifestation de l’Esprit d’autre part, lors du Baptême de Jésus. Cf Mt  10, 16; Mc  1, 10.. « Cessez de faire de la maison de mon père une maison de commerce » sonne comme un appel à la gratuité de l’échange : Dieu ne se monnaie pas. Le don sans calcul d’intérêt est le plus saint des sacrifices. Pauvre parmi les pauvres, le Christ, lui, n’a à offrir au Temple, pour la purification de tous, rien d’autre que sa vie.

 

Là où les habitués du lieu parlent d’un édifice de pierre organisé selon une codification stricte (gr. hieron), Jésus parle d’un sanctuaire (gr. naos), lieu saint dont sa propre vie est la fondation. Engagés dans des débats à n’en plus finir, ses interlocuteurs ne peuvent entendre le signe qu’à leur demande, Jésus leur donne pour légitimer son geste :

Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. 

Bien qu’ils aient assisté à la gloire de leur maitre lors des noces de Cana, les disciples non plus ne peuvent alors entendre que ce signe, c’est Jésus lui-même. Ce n’est qu’après la passion et la résurrection qu’ils mesurent que désormais, Jésus est celui dont la présence glorieuse purifie et justifie. Sanctuaire renouvelé, le Christ est le lieu de la rencontre vivante avec le Très-Haut, qui réunit en lui tous ceux qui constituent la maison de son Père.  L’évangéliste utilise ainsi le même verbe grec (egeiro) pour parler du temple relevé et du christ ressuscité par qui s’actualisent les prophéties :

Quand il se réveilla d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ; ils crurent à l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite. 

Eux qui crurent en sa promesse à nulle autre pareille, eux que leur foi a remis debout dans les affres de leurs tribulations, ils témoignent à jamais qu’à chaque fois que nos vies s’effondrent, Jésus nous redresse. Son amour vaincra notre mort.

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