De cet évangile (Mt 3, 1-12), je remarque un espace qualifié de désert, mais rempli de mille choses. Des pierres, des arbres, un fleuve à traverser, mais aussi des animaux, sauterelles, abeilles, chameaux, vipères. Ils nourrissent, vêtissent, éprouvent, empoisonnent. Chacun mérite attention et participe du tableau général. Mais, je ne retiendrai ici qu’un élément, le feu.
Le développement sur le feu surgit comme un cri de rage, avec la vision des Pharisiens et des Sadducéens, clairement distingués du peuple. Deux fois, en amont et en aval, Jean s’enflamme. Il évoque alors l’image violente du végétal sec et infertile, jeté et brûlé. Il s’agit d’abord de l’arbre aux fruits mauvais, coupé à sa racine, puis de la paille, résidu de la culture céréalière. Ce brasier signifie un échec patent, une inutilité totale et un jugement définitif. L’ardeur du propos veut choquer. Elle prévient d’un danger gravissime.
Au milieu de cet arc, l’autre baptême justifie le propos. En grec, le mot signifie plongée. Cette plongée nouvelle est bien d’un autre type, agent et portée. Sa matière n’est plus l’eau, mais « l’esprit saint et le feu ». Elle n’est plus temporalisée et répétitive, mais porte l’éternel. Elle ne procèdera plus du prophète mais d’un inconnu, maître absolu de toutes les moissons. Ce faisant, Jean s’auto-désigne comme la figure annonciatrice et servile de ce qui vient et va au-delà de lui, participant d’une réalité plus profonde et plus lointaine.
Dans son évangile, Matthieu associera toujours le feu à la Géhenne, la destruction, la malédiction, la punition et le jugement négatif. Aussi, l’expression « dans l’esprit saint et le feu » peut vouloir désigner deux réalités ou deux moments différents. Cependant, Luc va les conjoindre avec force dans son récit de la première Pentecôte (cf. Ac 2, 3), avec un sens très positif. La spiritualité orthodoxe ou des poètes théologiens comme Dante se souviendront de ces points. Ils proposeront la conclusion suivante :
C’est bien la même lumière ardente qui brule les damnés en enfer et illumine les sauvés dans le Paradis. Une manière suggestive de dire que nous serons traversés, discriminés et divinisés par l’amour, qui est Dieu lui-même.
Un commentaire linéaire de l’évangile est disponible ICI.

Si je comprends bien la conclusion, puis-je y voir aussi une (amorce de) réponse à cette question troublante : « Qui pourra être sauvé ? »