L’évangile du 2ème dimanche de Pâques (dimanche de la Miséricorde, année A) invite à jouer entre apparition et disparition.
La première venue du ressuscité a lieu le soir, jour un de la semaine. Un (gr. mia) plutôt que premier (gr. prôtos). L’évangéliste connaît sa Bible. Il se souvient de Gn 1, 5 : « Il y eut un soir et un matin, jour un » où le texte hébreu et la Septante (voir ICI) disent bien jour « un ». Pas de premier puisque pas encore de deuxième. Quoi qu’il en soit, cette épiphanie concerne les disciples dont dix apôtres (douze moins Judas et Thomas). La seconde apparition a lieu le huitième jour (si je compte bien). Elle concerne les disciples dont les Onze, voire le groupe des Douze reconstitué si l’on considère le lecteur comme le Jumeau.
Entre ces deux venues distantes d’un nouveau cycle (une semaine), demeurent verrouillées les portes de la maison (gr. kekleismenôn, participe parfait passif de kleiô). Ici, seul un élément a changé : la cause de cet enfermement. Celle-ci est fournie par le narrateur, à savoir la phobie (gr. phobos) des juifs (gr. ioudaios).
La trame narrative invite à relier cette disparition à l’action de la première épiphanie. Soit, dans l’ordre : paix deux fois affirmée, joie, envoi en mission, don de l’esprit par insufflation créatrice (gr. emphusaô, hapax néo et vétéro-testamentaire = Gn 2, 7 LXX) et appel vocationnel à la rémission des péchés (au pluriel, nouveauté dans l’évangile johannique) pour une vie en plénitude.
Ainsi, lentement et progressivement, l’œuvre de l’Esprit du ressuscité construit une église joyeuse et audacieuse. Une église en sortie, libérée des peurs paralysantes. Plus précisément encore, la communauté des disciples du Christ est invitée combattre toute forme d’antijudaïsme et donc à s’inscrire résolument dans les choix prophétiques du concile Vatican II.
Par delà les apparences paralysantes, la confiance ouvre les portes du cœur. Les autres ne sont plus des adversaires, mais des destinataires. La vie reçue invite chacun à la table du grand partage.