La SEP, maladie auto-immune, a forme de guerre civile. Ces belligérances sont les pires. On n’y peut faire que le mal. Les Grecs les nommaient stasis et non polema. Ils y voyaient une sourde décadence, la forme de la laideur et l’appel quasi invincible du néant. La stasis ouvre le chemin de la tyrannie et ne trouve jamais de solution, sauf par la vigueur d’un grand législateur, médicament miraculeux.
Sauvage et cruelle, la sclérose-stasis apparaît d’abord comme incompréhensible. Cette souffrance de soi par soi n’existe que par raisons perverses. Sadique et masochiste, agent double, Caïn dévore Caïn. Le monstre se maudit sur sept générations. Son errance a le goût amer d’un lent suicide. Orphée se précipite aux enfers à la poursuite de son ombre pourrie. L’héroïsme de façade n’est que l’apparence trompeuse d’une viscérale haine de soi. Le sait-il, se ment-il ? Cette implacable déduction renforce l’étrange sentiment de malaise. Si le malheur laisse une trace matérielle, il faut tout autant le définir avec précision et vérité comme inexcusable.
Tellement plus moral eut valu l’ennemi du dehors, afin de déployer le discours assuranciel par l’injustice des agressions, l’énigme du hasard, l’absurde de l’existence, et se draper de l’innocence de la victime. Nous aurions même le droit d’être féroce contre tous ! Mais ici, se mêlent en un dangereux tohu bohu le malade et le pathogène, la victime et le bourreau, le vainqueur et le vaincu. Comment s’y retrouver ? Qui plaindre ? Qui blâmer ? Ne serait-ce que fiction, imposture, irréalité, reflet ? Et comment, dès lors, vouloir soigner l’Incurable ?