infime immense

Je reçois des vœux féminins délicats. Pas à dire, les femmes sont délicates. Elles comprennent. Voyez, on me souhaite entre autres :

[…] d’innombrables infimes et immenses satisfactions.

J’aime ces cascades d’adjectifs. J’y vois l’indice inattendu d’un sentier discret à travers les épines et les broussailles. De fait, dans mon cas, l’immense est infime. La maladie oblige à changer d’échelle, c’est-à-dire à changer de monde. Le macrocosme devient microscopique. Tout diminue, se rétracte, se condense. La SEP me regarde et s’écrie :

Chéri, j’ai rétréci ta vie !

La nuit, boire un verre d’eau est un trek considérable, un exploit homérique. Il mériterait sa saga. De même enfiler ses chaussettes le matin. Qui l’eût cru ? Tout à l’encan. La liste serait drôle, insolite, picaresque, mais aussi ridicule et fastidieuse. Ad augusta par angusta, disaient les Anciens (« vers l’immense par l’étroit »), qui s’y entendaient en paronomases bien senties. Qui sait si l’anéantissement vers l’infime n’est pas la clé d’or qui ouvre, par une porte dérobée, le grand chemin vers la satisfaction, immense et infinie ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Défiler vers le haut