Entropie

On a beau dire, la SEP primaire progressive fait réfléchir. Comme expérience de pensée, elle rend dingo et mystique. Par exemple ceci. La maladie actualise et incarne le principe entropique. Elle le rend visible et concret, historique et vivant.

 

Cette révélation critique une attitude curieuse que j’appelle le « délire sapiens ». Ce dernier interprète comme maligne destruction, insoutenable échec ou révoltante réfutation, ce qui n’est que mouvement irrésistible : les choses et les êtres se font, défont, refont, à l’infini. Mais qui pleure l’érosion de la pierre, la chute de la lumière dans un trou noir ou l’explosion des étoiles ? Nous nous estimons trop importants pour accepter que notre condition soit une existence miraculeuse et transitoire, en équilibre instable, déjà dépassée, déjà en cours de reconfiguration.

 

On n’en finit pas. Ou plutôt si, nous devrions en finir avec notre sommeil dogmatique, j’entends avec ces fixités illusoires sous toutes leurs formes, celle du concept (la vérité idéologique), de la politique (la fin de l’histoire) ou de la vie réussie (le bonheur). Notre existence est un bolide fou, lancé à la vitesse de la lumière, un TGV de combinaisons en accélération primaire et progressive, juxtaposition tremblante de repères en relations différentielles. Va comprendre, nous habitons une vie mouvante, inconnue et dangereuse : hic sunt leones.

 

La grandeur mystique et involontaire du sépien, dans son malheur, par son échec, n’est donc pas de découvrir une vérité cachée depuis la fondation du monde. Mais, comme image douloureuse du fond de l’être, il démasque une fable mensongère que nous appelons société, sagesse, santé, religion, liberté, etc. Riant de ces forteresses de papier, les lions dévoreront toutes nos ambitions.

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