La SEP est capitaliste, version ultra-libérale. Elle vote très à droite. Avec elle, désormais, tout a un prix. Le moindre effort, la moindre sortie se paie cash et cher. Sa monnaie est la fatigue et les termes de l’échange sont très asymétriques. Une après-midi dehors, deux jours au lit. Une journée en voyage et une semaine à s’en remettre. C’est ainsi, il faut le savoir. Anticiper.
La fin de l’ancien régime, celui de l’insouciance, avive une certaine nostalgie. Ensuite, elle modèle une vie nouvelle, irrémédiablement « souciante ». En moi, la voix de derrière travaille en sourdine, comme un logiciel en fond de tâche. Elle dit :
Une minute ici sera facturée le double. Tes loisirs sont des emprunts à taux usuraire. Tu repartiras avec la quittance dans la poche. Le compteur se trouve déjà réglé quelque part dans ta moelle et tu rembourseras jusqu’au dernier centime.
En ce sens, la SEP n’est que l’expression radicale et assumée d’une réalité universelle : à la naissance, nous avons contracté une dette insolvable. Comme un fonctionnaire zélé du FMI, elle rappelle combien nous vivons à crédit, bien au-delà de nos capacités. Le seul grand soir qui vaille n’est pas une fête de la gratuité, mais le solde définitif et sanglant des impayés.