une irrésistible sympathie

Comme la SEP nous réduit à pas grand-chose, le spectacle de notre déliquescence semble exciter chez certains une sorte de sympathie irrésistible. On pourrait parler de réflexe empathique. Mon pessimisme anthropologique y perçoit deux autres ingrédients moins vertueux.

 

Le premier est que, d’évidence, nous ne présentons plus aucun danger depuis que nous sommes sortis des circuits de la compétition sociale, qu’elle soit professionnelle, sexuelle ou intellectuelle. Que craindre d’olibrius branlants aux sphincters incertains et à la démarche chaotique ? Quoi envier à un monstre hybride, mi-humain, mi-pas-grand-chose-de-bien-en-place ? À notre contact, le mécanisme inconscient de classement hiérarchique se désactive. Cet apaisement relationnel procure un bien-être mystérieux que notre prochain traduit en termes d’innocence. On nous aime comme on aime les enfants et les animaux domestiques. Nous sommes chou, si mignons.

 

Le second ingrédient me semble plutôt spéculaire. Nous contemplant, nos regardeurs attendris se voient tels qu’ils seront un jour, bientôt, demain peut-être. Mettant en scène l’avenir dégradé de toute l’humanité, nous serions donc appréciés par anticipation narcissique ou identification substitutive (une sœur, une tante, un collègue malades).  Ecce homo.

 

Jetez ces trois éléments dans la cornue et vous obtenez de manière satisfaisante une attitude coutumière à notre égard : une gentillesse frivole, un peu niaise et infantile.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Défiler vers le haut