Ma SEP est un excès très raisonnable. Trop en tout, mais juste un peu, ce qu’il suffit. Trop de souffrances, mais par petites doses pour ne pas devenir absolument insupportables et laisser échapper sa proie. Ma maladie ne verse pas dans la démesure. Elle funambulise sur le fil du juste milieu. Elle gère sa progression à taux fixe, sans risque inutile, avec la prudence indifférente d’un notaire de province. Elle m’investit comme un livret A.
Si elle entrainait une équipe de foot, elle jouerait le contre. Si elle se lançait aux échecs, elle ferait des ouvertures fermées d4 et travaillerait à l’étouffement tactique. Si elle choisit d’envahir un pays, sa stratégie est éprouvée. Elle envoie d’abord quelques commandos d’élite (les poussées), puis bombarde précautionneusement le terrain découvert et conquiert le pays désolé, mètre par mètre. Pas de folles cavalcades, d’exploits retentissants, de Pont d’Arcole traversé drapeau au vent. Dans son bureau, elle planifie, consolide, maîtrise. Parfois, je la crois en vacances. Elle semble jalouse de ses congés payés en famille.
Cette douce destruction explique sa réussite insigne et mes échecs misérables. Sa froide patience aura raison de mes espérances ridicules.