L’ange et la bête

L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête.1voir ICI.

Les anges sont des êtres spirituels. La théologie chrétienne en connaît de toutes formes. L’humain n’est pas de cet ordre. Il n’est pas le sommet de la Création. Il n’y a pas de sommet de la Création.

 

La texture de l’espèce humaine est conscience, ouverture, écoute, science, relation, création, passage, etc. Elle est aussi accusation, dissimulation et violence. La Bible nous apprend que nous sommes mal embarqués depuis un certain dérèglement initial. Celui-ci nous a fantasmés en zone frontière, entre bête et ange, nulle part et partout, obsédés par la hiérarchie et la transgression, par ce que nous ne sommes pas, par ce que nous devrions être. Victime et bourreau, le moi s’exalte et s’humilie dans un même mouvement.

 

Le malheur serait donc là. Notre volonté est malade. Elle vise mal, ne compte que sur elle-même et se perd dans un jeu pervers. Elle a besoin d’être réorientée et altérée. L’évangile révèle que cette situation périlleuse a une issue inespérée. Celle-ci exige la confiance en un autre que l’on appelle Dieu. Seule cette confiance, disponible et gratuite, procure les vertus salvatrices pour s’en sortir, car elles ne peuvent pas être auto-produites, seulement reçues.

 

Ni ange ni bête, mais prisonnier de ce délire, je peux vivre la SEP comme un poids qui désamorce la tentation de se désincarner. Je comprends alors deux choses. D’une part, je suis bien prisonnier de cette pulsation folle qui nous détruit tous. D’autre part, tout est sauvé si tout est confié, à commencer par le mal lui-même, c’est-à-dire ce qui rend bête aux yeux du monde auto-angélique : la peur, la médiocrité, l’humiliation, l’échec, etc. Je le sais dans l’ordre de la foi, mais est-ce que je veux que cela soit vrai ? Pas sûr. L’ombre spectrale d’un nietzschéisme de pacotille rôde sur le château. J’en crève encore.

 

Cette agonie n’est pas de tout repos, mais elle perce le mur et laisse entrevoir un nuage d’inconnaissance, terre promise des mystiques et privilège douloureux des malades plaqués au lit.

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