La SEP est lente. Il lui faut du temps. Cette langueur ouvre l’espace d’un repos forcé qui permet d’approfondir certaines questions. Par exemple, je lis :
Personne ne vient à l’existence sans un appel premier, primordial. Ainsi faut-il être nommé, invité, attendu par autrui pour pouvoir exister. L’existence est en quelque sorte une réponse à une sollicitation préalable.1Véronique Margron, « Éloge des solitudes », dans Cinq éloges de l’épreuve, Paris, Albin Michel, 2014, p. 114-115.
Le thème est connu. Claudel ou Rahner l’ont longuement traité, l’un en poète, l’autre en théologien. Mais que penser alors de la maladie comme sortie progressive de l’existence et exode vers la décomposition ? Serait-ce la possibilité, voire le signe, d’un nouvel appel qui sollicite une nouvelle réponse ? À l’inverse, serait-ce une dé-nomination, une expulsion loin de la salle du banquet, avec arrêté de reconduite à la frontière et signification claire, par la vie elle-même, de la fin de toute attente vous concernant ? Dans ce cas, l’appel premier, même honnête ou généreux, se révèle insuffisant, voire mensonger. Il ne fut au mieux que piteux partage d’un douloureux échec.
Le christianisme moral a vite fait de résoudre cette alternative pour ne pas en affronter la puissance noire. Il le fuit en termes de pseudo-confiance, bricolée avec l’outillage de l’obéissance, comprise comme soumission : il faut croire. Ce stratagème est un oxymore. Le seul il faut qui vaille, dans les évangiles, est celui de la Passion :
[…] il fallait que le fils de l’humain souffrît beaucoup, qu’il fût rejeté par les Anciens (gr. presbuteros, qui a donné prêtre en français), par les grands prêtres (archiereus) et par les scribes, qu’il fût mis à mort et qu’il se leva trois jours après.2Mc 8, 31 //.
La nécessité est du côté du porteur du Salut, en partie pour des raisons qui nous échappent, Dieu merci. En face de la mort qui vient sous de multiples formes, le Christ énonce un nouvel appel : « aie confiance et… ». Appel, contre-appel. Naître, renaître. Invitation, liberté, difficile liberté3Emmanuel LEVINAS, Difficile liberté, Paris, Albin Michel, 1963., âpre liberté qui convoque ce qui reste en nous d’espérance.
Je rends grâce à Mlle SEP de me laisser le temps de ce combat à l’issue volatile et incertaine.