Nous l’avons déjà dit, la SEP impose une ascèse. Non seulement bien des choses deviennent impossibles, mais elles perdent avec le temps leur aspect désirable. Reste alors une nostalgie étrange, de plus en plus transparente et bientôt évanescente. À la fin, cela s’envole en fumée légère, et on oublie.
L’espace, ainsi réduit à plus grand chose, s’avère pourtant encore trop énorme. Les questions se posent un pas en avant, sur des points triviaux qui semblaient hier inaccessibles au doute. Comme la maladie progresse, il devient évident qu’il va falloir lâcher encore cela, et cela, et cela, finalement qu’il va falloir tout abandonner. Cette pensée s’impose de manière si concrète, simple et absolue, qu’elle ne fait pas peur. Inutile de lire les stoïciens pour y consentir.
Quand je me compare d’avec il y a dix ans, au temps d’avant, je me trouve curieusement détaché d’éléments autrefois énormes et indiscutables. Cette indifférence m’identifie à une sorte de moine bouddhiste, parvenu à une sagesse inattendue, acquise sans des heures de retraite sur la montagne ou sous un figuier bô, sans méditation de kōans énigmatiques, sans voyages initiatiques vers les orients mystérieux. Sans le spectacle de la conversion qui rend toute ascèse suspecte.
Les salles d’attente de neurologie sont ainsi traversées d’éveillés purs et involontaires, modestes et inconnus. En silence chacun médite, IRM à la main, monastère impermanent, seulement troublé par l’appel monocorde des médecins.