Dans un article suggestif, Donald W. Winnicott analyse l’expérience, en apparence paradoxale, du petit enfant seul en présence de sa mère1 Donald W. Winnicott, « La capacité d’être seul » (1958), dans De la pédiatrie à la psychanalyse, Paris, Payot, 1969, p. 205-213.. Il considère cette possibilité comme une étape fondamentale de la maturation psychique. Il y voit la promesse d’un vraie personnalité (le Self) et de relations adultes avec autrui, fondées sur une « solitude partagée »2Véronique Margron, « Éloge des solitudes », dans Cinq éloges de l’épreuve, Paris, Albin Michel, 2014, p. 119.. Cette dernière construit la conscience du soi (et des autres) comme unique, sécure et pacifique. Voilà qui évite, autant que faire se peut, les replis protecteurs, le mensonge des existences « comme si », les dévorations jalouses (relation concurrentielle) ou la recherche désespérée de reconnaissances (exister seulement par le regard des autres).
Si la SEP isole de fait, de quoi parle-t-on ici ? S’agit-il toujours d’un isolement délétère qui dépersonnalise ou bien, parfois, de la solitude bénéfique, décrite par Winnicott? S’agit-il d’un arrachement qui détruit ou d’un retrait qui construit, dans le secret, une personnalité aux relations mieux ajustées ? Ou encore, biface, Janus, ne serait-elle pas alternativement, successivement ou simultanément, à la fois désolation mortifère et assurance d’une existence enfin véridique ?
Ah, SEP monstrueuse et au mille visages, marâtre abrutissante et mère éducatrice, maîtresse jalouse ou maître spirituel, fille parricide ou opportunité d’un avenir audacieux, comment s’étonner que nous sollicitions, à cause de toi, d’aussi longues séances auprès des psychologues cliniciens…