Guérir ?

Guérir, guérir de la SEP ? Que signifie ce mot impensé, ou plutôt pré-pensé et imposé comme une évidence lorsqu’on parle avec un malade ? Pour les médecins, assurément, faire cesser une injure à leur art, à la science, à la Raison. Pour les prochains, mettre fin à une existence asociale qui dérange. Mais pour moi ?

 

Si la guérison renvoie à l’état ante, elle n’a aucun sens. Si elle se donne comme une simple réparation, elle m’apparaît même très atroce. Il ne me serait plus possible de vivre comme avant. Je serais comme Cynthia Ann Parker qui, capturée par les Comanches, refuse de les quitter et choisit de vivre sous les tipis. Avant d’être raptée par sa famille, puis de mourir de chagrin et d’ennui. Syndrome de Stockholm ? Tendance maladive à la sédentarité grégaire ? Appétence masochiste à la soumission ? Volonté viciée et paresseuse ? Exil trop long ? Allez savoir.

 

Quoi qu’il en soit, à Lourdes, j’éviterai soigneusement les piscines, d’ailleurs fermées depuis la Covid. Je prierai pour que surtout rien de m’arrive de fâcheux, genre miracle. Je me cacherai si je sens glisser près de moi un esprit de guérison. Que voulez-vous, j’ai pris mes dispositions, j’ai mes habitudes. Et je crois parfois entendre la SEP me parler comme, autrefois, le prophète du Royaume :

Toi, suis-moi. Laisse les morts enterrer leurs morts. (Mt 8, 22)

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