Paroles, un flot de paroles. Il parle de ma SEP. Je l’écoute. J’aime bien écouter. Quand il parle, il se dévoile. Il suffit de le laisser parler. Assez vite cela devient idiot et passionnant. Comment peut-il raconter autant d’ineptie sur un sujet qu’il ignore ? Comment croire avoir quelque chose à dire ? Par peur sans doute, ou bêtement par orgueil.
Il considère la maladie comme un détail triste, une péripétie de la vie, un truc qui vous arrive. A-t-il imaginé qu’elle puisse en être la finalité insolente et le glorieux accomplissement ? Le malade qui s’en va n’est-il pas aussi beau que le nourrisson qui arrive ? Silence énigmatique, maladresse, déséquilibre drolatique, repos infini, larme, cri. Même dépendance farouche, même appel au secours, même angoisse sans doute. Les hôpitaux sont parfois des maternités à rebours, instrument de la séparation définitive et de l’envol ad patres, vers les ancêtres. Des paternités en somme.
Cela devrait lui plaire, lui qui professe tous les jours Dieu le Père. Mais un Fils crucifié, des disciples en fuite, des prêtres malades, cela le dépasse complètement. Pas son monde, par sa foi, pas son Église, pas son Évangile. Comme je n’ai rien à lui dire, une fois le discours fini, il s’en va aussitôt, devoir accompli.
Dehors, il fait déjà nuit.