Petite oraison du grand matin

Reclus et mutiques, les malades protègent le silence de la menace assourdissante des mensonges. Leur retrait sauve la possibilité du vide, de l’exil et de la fuite, triade bénéfique, désormais blessée à mort, remplie de tout, partout. Ils bénissent aussi le sens par leur insignifiance. Leur faiblesse engendre toutes les forces. Perdus dans la mer infinie des flux et des reflux, ils indiquent îles et archipels, ports de secours dans les tempêtes de nos naufrages, promesses d’escales inattendues quand les algorithmes nous claquemurent dans d’étroits corridors.

 

À travers mes fenêtres, je vois les passants énormes, agités et en transit. Je me découvre abêti, amarré et immobile. Pourtant, s’ils sont le fleuve immense qui se jette dans l’Océan de la mort, je suis la fontaine qui disparaît dans la terre, entre les herbes, sous les cailloux. L’estuaire à gros poissons et terminal pétrochimique méprise son origine. Le bruit des sources et des larmes n’a pas sa place dans ce brouhaha. Quoi attendre quand on a tant à faire ? Pourquoi se taire quand il y a tant à dire, à hurler, à asséner ? Ils voyagent donc, mais pourquoi aller si loin si l’on ne sait plus voir ? Ne restent voyants que les enfermés ?

 

Par-delà les nuits d’insomnie, même si rien ne cesse des douleurs, je laisse mon cœur inapaisé s’emplir des lumières du matin, comme rien ne bouge et chantent les oiseaux.

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