La foi de la joie

Je lis un beau livre sur Athanase d’Alexandrie1Charles KANNENGIESSER, Le Verbe de Dieu selon Athanase d’Alexandrie, (coll. « Jésus et Jésus-Christ » ; 45), PARIS, Mame, 1999.. Au détour d’un développement ardu, on y parle de la « joie de la foi »2p. 29.. J’y reconnais immédiatement une « contrepèterie belge » : la foi de la joie. L’apparition inattendue de cette formule invertie m’interroge. Qu’en est-il de ma joie après dix ans de SEP ? En quoi met-elle encore sa foi, sa confiance ? En quoi croit-elle pour être ? Où place-t-elle son assurance ?

 

Dans le Christ, répond la piété d’usage. Bon. La piété pieuse répond le Christ à tout. Elle idolâtre le Christ comme réponse totale. Mais si l’on est sérieux, il faut bien convenir que la joie suppose une certaine bienveillance du temps qui passe, une conception de l’existence comme « divine comédie », comme un truc qui finit bien. Or c’est cela que la maladie chronique King size menace, taraude, perce à l’acide, dissout. Le doute s’instille au goutte à goutte, et le mal l’emporte doucement. Elle nous convainc de l’évidence du pire. Elle l’institue en Inéluctable. Plus grand-chose auquel se rattacher sans mentir.

 

Au ras du néant, apparaissent alors des ancres inédites : le silence, l’échec patent, l’attente, les oiseaux délirants, le vent dans les arbres, le mois de mai, un rire, une belle lumière. Ces fils menus tissent un filet qui tient, solide comme les toiles d’araignées dans les tempête de mars. Mais combien de temps encore ? Faudra-t-il abandonner ce petit reste, tout abandonner, désirer la foi nue, pure ? Non. Voilà l’ultime tentation, le pire du pire, suprême danger.

 

Restons-en là. Chaque instant porte une peine si lourde que, surmontée par la présence d’un monde qui ne se détruit pas quoi qu’on y fasse, elle porte en elle le sceau d’un mystère immense. Une certaine joie y scintille, sans exultation, sans charme, laide parfois, trame indestructible d’un motif presqu’effacé. Cette étrange vision de la justice donne l’élan de la fraternité et du courage, en premier lieu celui de renoncer à tout jugement téméraire sur les choix de chacun quant à sa vie et quant à sa mort.

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