La maladie comme mythe

Réfléchissant sur la question de savoir si les Grecs ont cru à leurs mythes, Paul VEYNE définit ainsi la littérature mythologique :

Littérature d’avant la littérature, ni vraie, ni fictive, car extérieure au monde empirique, mais plus noble que lui ; le mythe a une autre particularité : comme son nom l’indique, il est un récit, mais anonyme, qu’on peut recueillir et répéter, mais dont on ne saurait être l’auteur.1Paul VEYNE, Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ? Essai sur l’imagination constituante (Travaux linguistiques) (French Edition) (p. 34). Editions du Seuil. Édition du Kindle.

Recevant cela, j’envisage comme hypothèse de lire la SEP comme mythe, ou présence en moi d’une existence d’avant l’existence. De fait, la maladie me semble parfois extérieure au monde empirique, immédiat, plat. En ce sens, elle échapperait aux catégories trop simples de la vérité, de la fiction, de l’accident, etc. Elle fait signe vers autre chose, qui échappe. J’aime alors l’idée d’une noblesse par excès. Le malade serait de fait anobli. Il traverse le monde d’illusion comme un chevalier errant et sans patrie. Étant mû d’autres forces, en transition vers une autre race, il se signale comme l’avant-poste d’un royaume inconnu et mystérieux. Longtemps les nourrices chanteront ses exploits.

 

Je retiens aussi l’indication d’un récit anonyme et impersonnel, « dont on ne saurait être l’auteur », mais tout autant précis et incarné. La SEP parlerait, par cet événement que nous appelons ALD, une langue ancestrale qui échappe à tous, malades, soignants, témoins. Rien à dire, il nous faudrait seulement essayer d’entendre ensemble ce tréfonds informe qui remue, surgit et terrasse.

 

C’est à ce prix que nous pourront croire la maladie, répétition inlassable qui nous réveille de nos sommeils dogmatiques.

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