La vie avec la SEP semble aussi une épreuve pour le langage. Comment en parler ? Si elle signale un dépérissement et une destruction lente, les mots pour la dire ne sont-ils pas eux-mêmes promis au dépérissement et à la destruction ? Tout discours sur la maladie ou à partir d’elle serait-il vain comme elle pointe la vanité de toute chose ? Pire, cette confusion semble blesser au cœur notre confiance naïve en la vie, la permanence ou la vérité. Quelle fable dès lors inventer pour survivre malgré tout ? Quel stratagème s’imposer pour croire l’incroyable et ne pas sombrer dans le désespoir ? Sommes-nous condamnés à vivre dans la bulle du mensonge ?
Les Grecs furent traversés par cette angoisse. Ils ont peiné à la résoudre, car ils ont peiné à tuer le Père Parménide. Comment admettre parler de rien ou d’un processus vers le rien ? Comment exprimer cette évidence impossible : le non-être est et advient ? Peut-on maintenir un discours crédible après le deuil d’une langue spéculaire, miroir rationnel de l’être éternel ?
Un Christianisme futile et désinvolte oublie que le chrétien doit aussi admettre cet abîme s’il veut le résoudre et placer vraiment sa confiance en Jésus-Christ. Le non-être qui l’envahit alors fait chaos. Mais il appelle à mesure un logos, un remplissage spirituel, itinéraire d’un accomplissement salvateur et prémices d’un nouveau cosmos. Ce mouvement violent laisse proprement sans voix. Son langage paradoxal est celui du silence, de l’ombre incertaine et du détail amoureux. Il poétise un monde renouvelé avec un verbe nu et blessé à mort, celui de la Croix et de l’insuffisance.