La SEP primaire progressive est incurable. Pas de protocole de guérison. Ce caractère inévitable affirme que la vie n’est pas à nous. Il clôt nos prétentions idiotes et ouvre un espace inédit. Plus de coupables en cas d’échec thérapeutique, ni le malade, ni les médecins, puisqu’échec il y aura, puisqu’échec il y a déjà. On endure ensemble. Chacun fait au mieux, mais la fin est connue. C’est ainsi.
Cette existence m’a transformé. De l’intérieur de ma subjectivité malade, elle révèle de nouvelles obligations. La SEP implique une morale, une responsabilité, un devoir. En particulier, je suis devenu hypersensible à deux choses.
D’abord je ne supporte plus la souffrance inutile. Je pourrais devenir violent envers ceux qui l’infligent. Je crains jusqu’au délire d’en être l’auteur, même involontaire.
Ensuite, je souffre instinctivement, intimement, fraternellement, avec ceux qui essaient et échouent. Encore plus avec ceux qui essaient comme ils savent qu’ils vont échouer. Je pense en particulier aux malades d’addictions, aux désespérés, aux victimes de situations tragiques, entendez sans solutions. Leurs efforts, leurs chutes me terrassent. J’y vois l’infini du malheur, le néant instillé, la mort en soi. J’y vois ce que je ressens en moi.
Je pleure. Je prie dans les larmes. Je crie avec Job. Je gueule, j’engueule Dieu, la Vie, les circonstances. Je fais ce que je peux, et je ne peux plus. Je ne comprends pas, je ne veux plus expliquer. Mon ministère presbytéral est avec tous ceux-là, dans leur trou, au fond du vide.
Réduit à presque rien, mon église est universelle.