En Terminale, notre professeur de philosophie nous recommandait de lire le Discours de la méthode tous les ans. Ce conseil juste et impossible vaut aussi pour les grands cycles : l’Iliade et l’Odyssée, la Divine Comédie, la Comédie humaine, etc. Dune d’Herbert appartient à cette catégorie. Par exemple :
Je [Paul Atréides] lui ai cité alors la Première Loi du Mentat : On ne peut comprendre un processus en l’interrompant. La compréhension doit rejoindre le cheminement du processus et cheminer avec lui.1Franck Herbert, Dune, (tome 1), édition collector (traduction revue et corrigée) (French Edition), p. 69, Groupe Robert Laffont. Édition du Kindle.
La SEP hante mes lectures, comme un passager clandestin, une ombre insolente. Elle s’insinue comme un long processus, une procession interminable de jours et de nuits. Elle vit en moi, avec moi. Elle est moi, jusqu’à la rumination, jusqu’au dégoût. Humain, je cherche bêtement à la comprendre pour me connaître un peu en vérité. Je ne désire pas l’expliquer, n’en ayant pas les compétences (je laisse cela à la médecine). Je souhaite approcher un peu son mystère, qui n’est pas « un problème à résoudre mais une réalité à vivre »2id..
Ainsi, selon l’avertissement solennel de la Loi du Mentat, je la comprendrai d’autant mieux que je cheminerai avec elle, à sa vitesse. Cela veut dire ni trop vite, en anticipant le pire, ni trop lentement, en rêvant un monde ancien déjà révolu. Ni en retard, ni en avance, just in time, dans le tempo, contemporain. Cette ascèse en forme de compagnonnage avec l’Indésirée est difficile.
Comprendre, c’est danser malgré soi une valse tragique.