La SEP m’a rapproché de Blaise Pascal. Je l’ai lu, étudié, admiré, aujourd’hui je l’éprouve.
La réduction de mon existence à portion congrue me fait découvrir chaque jour la vérité brute de sa théorie du divertissement. Je suis le plus souvent dans ma chambre-bureau, à répéter les mêmes gestes, dans le même ordre ou presque, sans déplacement, sans agitation, sans nouveauté distrayante, sans espérance d’une évolution vers le mieux. Ma vie réglée permet de minimiser les inconvénients, éviter les chutes et optimiser mes forces. Je n’ai pas le choix.
Cette ascèse contrainte réduit tout autant le flux incessant des divertissements ordinaires : voyage, visite, tourisme, ambition professionnelle, rêveries amoureuses ou sexuelles, amusement culturel, etc. Ma vie ressemble à une maison vidée de ses meubles et de toute décoration. Elle ressemble à une salle d’attente, silencieuse, véridique, impitoyable car sans vanité.
Pour comprendre la suite, il suffit de relire les Pensées. Heureusement, peu le font. Nous sommes trop occupés à oublier nos misères inconsolables, l’invincible ignorance et le soleil obscur qui éclaire notre destinée. Nous allons mourir. Et Pascal, avec sa logique impitoyable, de presque réconforter les boiteux que nous sommes devenus :
Nous courons sans souci dans le précipice après que nous avons mis quelque chose devant nous pour nous empêcher de le voir.1Blaise Pascal, Pensées, ICI.
Je claudique vers un gouffre que je vois distinctement. Cruel soulagement.