J’en ai écrit des projets. Projets professionnels, projets éducatifs, projets de travaux universitaires, projets de vie… Projet de projets.
Avec la SEP, la question s’est résolue. Plus grand-chose à espérer au-delà ou en dehors. L’existence se retourne sur soi. Pour parler pédant, à la Kant, l’analytique a submergé le synthétique. Le seul projet consiste à ne pas perdre trop vite ce qui reste, à contenir les fuites et ralentir l’inexorable. Une minute encore, Monsieur le bourreau. Suis-je prêt à toutes les bassesses pour gagner quelques instants ? Ou bien, stoïque et admirable, surhumain, vais-je me lever en plein vent pour consentir au destin ?
Ni l’un ni l’autre. Le plus souvent, je me fais tout petit. Profil bas, je bouge le moins possible. Peut-être ne me verra-t-elle plus, peut-être m’oubliera-t-elle… Qui sait ? Toutefois, avouons-le, sans projet illusoire pour se divertir, nous voilà réduit à vivre dans un quant-à-soi désolant. Les journées sont longues et les langueurs vagues. Il se peut même que, ne pouvant plus m’oublier, lentement je m’efface.
En restera-t-il assez de moi pour je puisse encore mourir ?
« Laisser un commentaire ».: je me saisis de cette invitation Soucieuse cependant d’éviter l’usage de la première personne (pour cela, contourner la phrase verbale. Mais sans verbe, que dire ? Sans Verbe, qu’être?) Et que commenter, tant l’expérience à la fois personnelle et partagée de la maladie – SEP ou autre, celle qui ralentit, qui confine, qui met en suspens « définitivement » – est ici justement dite (un dire qui fait mouche et fait écho) ? Expérience d’humaine condition, au-delà même de la maladie d’ailleurs (vivre, une maladie ? )
L’intitulé seul du blog, la maladie comme maladie d’amour, interpelle le lecteur. Pouvons-nous aimer ce qui nous fait souffrir ? De quoi sommes-nous malades ? Et quel remède ? Certains, peut-être, sont malades de n’être pas assez (bien) aimés, ou de ne pas (assez / bien) aimer; de vivre (mourir, plutôt) en désamour. Mais l’amour a-t-il toujours à voir avec la maladie et inversement ? Pour d’autres, ils sont malades, « simplement », d’une imparfaite machinerie corporelle – une erreur de montage, de choix des matériaux, de programmation, de formatage, …. qui s’est jouée on ne sait où et quand sur la chaine de production. Un coup du hasard qui se fait destin. L’amour alors comme remède, sans doute, avant de se diluer « dans les soir bleus d’été » ou sous « un ciel bas et lourd ». (Prendre la poésie comme recours aussi, mais éviter la pédanterie. ) Et la Parole au-delà de tout, comme guérison.
Votre blog va donc m’accompagner.