L’étrange torpeur

La SEP me plonge souvent dans une douce torpeur. J’ai le sentiment alors d’assister à ma vie en spectateur ébloui. J’applaudirais presque des deux mains.

 

Cet état ressemble pour une part à la tardémah biblique1Voir par exemple, Hélène de Saint Aubert, Sexuation, parité et nuptialité dans le second récit de la Création. Genèse 2, (coll. « Lectio divina » ; 282), PARIS, Cerf, 2023, p. 39-43.. Il bouleverse au tréfonds et rend stupide. Envahi d’une étrange apathie, à moitié éveillé, à moitié endormi, hors de contrôle, je me découvre reconduit aux frontières de l’existence. L’évidence des valeurs fondamentales (le sens de la vie, les ambitions légitimes, la quête existentielle, le goût des autres, etc.) est balayée et engloutie dans une nescience profonde. À la place, apparaît quelque chose d’avant soi, ou d’après soi, en tout cas d’un temps sans nous au centre, un projet énorme et mystérieux, tout autre, irrésistible et indomptable. Un projet déjà là, dont nous ne sommes que les hôtes suffragants et dépourvus.

 

Dévoré par cette altérité qui pointe son nez, le malade n’est plus complétement commun et compatible. Il porte une mauvaise nouvelle. La loi des suspects s’applique dès lors, avec sa sévérité de marbre froid, malgré toutes les Cartes inclusion de la terre.

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