SEP à lyre

Dire la vérité crue de nos vies, voilà à quoi servent aujourd’hui les romans, le fait est connu. S’autoriser à entendre cette vérité, voilà pourquoi nous les lisons, nous si bourgeois et démocrates, si peu poètes et démythologisés. Car, dans l’extase mensongère du monde, la petite fille-vérité ne peut apparaître. Elle grille, étouffe. La fiction complice sera son déguisement, un scaphandre pour survivre en air vicié.

 

Peut-on dès lors considérer la SEP comme un roman ? Peut-être. Son intrigue est connue, temps, espace, personnages. Quand nos existences recluses prennent cette couleur fictionnelle, elles racontent par le dessous une part de la vérité inaudible, cachée sous l’obscurité des grands éblouissements. Le réel fait retour sous des masques nommés « ALD », « maladie », « dégénérescence », « handicap ». On comprend vaguement le mouvement épiphanique. Chacun sait devoir jouer le jeu délicat. Ne rien dire du stratagème, afin d’éviter que la comédie sociale ne se dissipe. En conserver la mémoire, afin de ne pas sombrer dans la folie des délires.

 

Nouement, péripéties, dénouement. Comme la SEP dévoile par la bande la condition humaine, nous voici devenus de vivants temples métaphoriques. Nos corps en ruine, formidables œuvres d’avant-garde, s’offrent à tous, libres performances à lire et à fuir.

1 réflexion sur “SEP à lyre”

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Défiler vers le haut