Le corps sépien n’est pas haïssable

Certaines femmes victimes de viol constatent une transformation perverse du rapport à leur corps. Celui-ci devient hostile, horrible, détestable. Elles découvrent vouloir le punir, le martyriser et, parfois, l’annihiler. Sans doute essaient-elles de réduire la honte et la salissure à lui attachées, comme à faire disparaître l’insupportable mémoire du choc traumatique.

 

Pour penser la maladie, la métaphore du viol m’a traversé l’esprit. Elle pourrait être utile, peut-être même réconfortante. Mais le corps sépien n’est pas haïssable. Il n’a pas à être puni. Au contraire, l’épreuve dans la chair en révèle des aspects cachés et tendres. Il devient fragile, fraternel, amical. Lui aussi fait ce qu’il peut. Lui aussi subit. Il ne comprend pas. Il résiste au mieux, s’adapte. Même déglingué et bringuebalant, il reste au service, jusqu’au bout.

 

Si le dysfonctionnement n’est pas la fille d’une violence extérieure, imposée par une vie satanique au motif peu recommandable, inutile de déposer plainte et de se scarifier. Au contraire. Devant tant d’ignorance et d’innocence, la douceur s’impose.

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