Libérez nos camarades !

L’esclavage volontaire est l’une des grands tentations régressives de notre humaine condition. Quel plaisir à subir. Quelle joie d’obéir. Quel soulagement à ne plus endurer les angoisses de la difficile liberté.

 

C’est pourquoi les événements qui dévoilent nos chaînes volontaires seront repoussés avec violence. On ne lira pas l’auteur qui démontre la servilité de nos comportements sociaux. On refusera une spiritualité de l’émancipation, pour lui préférer un christianisme de la soumission, de l’ordre et des pratiques. On croira volontiers les utopies délirantes si elles protègent notre sommeil dogmatique.

 

En ce qui nous concerne, pauvres sépiens, comme la maladie dévoile l’esclavage des illusions modernes, on nous laissera à distance. Nous ressemblons au possédé de Gérasa1Mc 5, 1-20 //., personnage paradoxal dont une lecture attentive de l’épisode2Voir par exemple Philippe LEFEBVRE, Comment tuer Jésus ? Abus, violences et emprises dans la Bible, PARIS, Cerf, 2021. révèle combien il serait en fait le seul humain de la région à ne pas être possédé (deux mille cochons, trop pour un seul homme), le seul à vouloir se libérer d’un projet communautaire délétère. Mais la geôle de la grande santé est si confortable. Les viandes d’Egypte si succulentes. L’épreuve du désert si douteuse.

 

En cas d’incertitude, on nous fera avaler Spinoza, Epictète et Nietzsche, les pilules du confort bourgeois et des grandes dominations. On nous invitera à patienter, car « la recherche avance ». Pour nous retenir, on nous proposera les privilèges de la carte inclusion. Imaginez ! Des malades sans bretelles quittent le Royaume des délices, et s’engagent malgré eux dans le grand désert, à l’épreuve du désir. Que vont-ils trouver au-delà ? La soif, la douleur, la mort ?

 

La joie ?

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