De grands malades

Quand disparaît le sentiment d’un grand danger, le soulagement se mêle à une sensation de liberté.

 

La SEP m’a libéré du danger de l’illusion commune. Étant malade, j’ai accepté d’être ce que je suis, un homo sapiens, entendez un grand malade de l’âme. Ce mal se nomme envie, luxure, duplicité, agressivité, ambition, colère, etc. Impossible de rester en place, de ne pas dévorer, de ne pas détruire, de ne pas dominer, d’accepter le réel, de combattre le bon combat, de s’empêcher. Quelle misère !

 

Lorsque Noé sort de l’arche, le Seigneur lui demande de libérer tous les animaux qu’il vient de sauver, afin qu’ils gambadent. Immédiatement, sans raison, le patriarche en sélectionne une partie et les offre en holocauste. Etonné, YHWH ne peut qu’énoncer l‘amer constat :

[…] le cœur de l’homme est enclin au mal dès sa jeunesse… » (Gn 8, 21).

Même Noé, le seul juste, ne comprend rien. Même lui ne peut vivre sans immoler. Dieu accepte alors de rompre le végétarisme des origines (cf. Gn 9, 1-8). Fini le projet de douceur. La loi divine permettra peut-être d’endiguer la violence endémique de l’humain, de contenir son délire sacrificiel.

 

La plupart des gens que je croise se croient en bonne santé du corps. Ils en déduisent la bonne santé de l’esprit. Puisque je sais être malade du corps, je n’ai plus peur d’avouer l’être aussi de l’esprit. Ce savoir me rend lucide et libre. Il m’agrandit l’âme. Il ouvre un chemin de guérison spirituelle. Partagé, il nous permettrait de faire communauté et de résoudre bien des problèmes qui nous meurtrissent.

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